Le guide du vin 99, Michel Phaneuf
Les Éditions de l’Homme
430 pages

Québec, page 299
En 1986, j’ai écrit dans L’actualité un texte intitulé « Le vin venu du froid ». C’était aux premières heures du vignoble québécois. À ce moment, il n’y avait que cinq ou six producteurs, des intrépides convaincus que la vigne avait un avenir dans la froidure du Québec. Avec ténacité, application, méthode et en dépit d’innombrables tracasseries administrative, ils sont arrivés à leurs fins. Personne, pas même eux, ne prétend que les vins québécois vaudront un jour les grands vins de France. On ne peut rien contre les lois de Dame Nature. Par contre, il est possible de faire du bon vin blanc léger, fringant et sympathique.

Sans prétention, mais avec conviction, ces pionniers ont réussi à s’attirer la sympathie d’un public nombreux qui, pendant la belle saison, prend la route des vins du Québec.

En 1986, le vignoble québécois couvrait à peine 50 hectares. Aujourd’hui, il en compte le triple et une trentaine de vignerons s’adonnent à la viticulture et à l’agrotourisme. La production actuelle est d’environ 300 000 bouteilles.

Et la qualité ? Rien à redire des pionniers. L’Orpailleur, Dietrich-Joos, Morou et quelques autres offrent toujours des vins fort convenables et méritent d’être encouragés. Quant au reste… La dégustation d’une palette de vins québécois en septembre 1998 me fait croire qu’il y a maintenant trop d’amateurs dans la partie; des vignerons improvisés qui feraient mieux de garder leur picrate au lieu de saper la réputation d’une industrie encore très fragile.

L’association des vignerons du Québec compte maintenant 28 producteurs. Au début, ils venaient des Cantons-de-l’Est, près de la frontière américaine, là où le climat est plus doux. Maintenant, des vignerons sont installés à Drummondville, à Mirabel et même à l’Île d’Orléans. À quand un vignoble sur Anticosti ? Il doit bien y avoir là un microclimat favorable, au milieu d’une clairière…

La viticulture québécoise sera soutenue par les médias et par le public tant et aussi longtemps qu’elle sera sérieuse et sincère. Si l’improvisation et le travail bâclé deviennent la règle, cela risque de lui coûter cher. Du vin fringant et sympathique, d’accord. Du tord-boyaux, non.

À la SAQ

Dietrich-Joos 1996, Vignoble Dietrich-Joos (S-851444): 13.95 $
Dans son Vignoble d’Iberville, Victor Dietrich reste fidèle à ses origines alsaciennes et produit des vins aromatiques arrondis par un peu de sucre résiduel. Une initiative intéressante dans la mesure où le sucre coupe l’acidité pointue des cépages seyval, cayuga et compagnie. Avec ceux de l’Orpailleur, les vins de Dietrich-Jooss demeurent les plus fiables. Quatre étoiles pour le mérite. ****

L’Orpailleur 1996 (S-704221) : 13.50 $
L’Orpailleur passera sans doute à l’histoire pour avoir été le premier vin authentiquement québécois vendu à la Société des alcools. C’est la reconnaissance de toues ces années d’efforts pour arriver à produire du vin de qualité chez nous. Plus besoin de se rendre à Dunham – ce qui ne doit pas vous dissuader de visiter cette belle région – pour acheter du vrai vin québécois. Vous n’aurez ainsi plus d’excuses pour ignorer le goût distinctif et très aromatique de ce vin exclusivement élaboré avec le cépage seyval. Vivace, parfumé, acidulé, léger et pourtant savoureux. L’Orpailleur est un vin que vous devez connaître. Bientôt 20 ans d’efforts soutenus et honnêtes pour implanter la vigne au Québec, ça vaut bien cinq étoiles. *****