Le Guide du Vin 98, Michel Phaneuf
Éditions de l’Homme
430 pages
Amérique du Nord
Québec (page 300)
Depuis le début des années quatre-vingt, la vigne survit au Québec et prend même de l’expansion. Le vignoble québécois totalise près de 90 hectares et produit quelque 300 000 bouteilles. Calculez grosso modo 10$ la bouteille et cela donne un chiffre d’affaire d’environ 3 millions de dollars. Pas mal pour une industrie à laquelle on n’a pourtant pas fait de cadeau. Pas de vente dans les magasins de la SAQ, à l’exception de l’Orpailleur depuis cette année, pas de vente dans les foires, pas de livraison à domicile et beaucoup de tracasserie administratives. En fait, la seule autorisation accordée aux vignerons québécois était de vendre sur place aux touristes de passage. Depuis l’an dernier seulement, on leur a enfin permis de vendre directement aux restaurateurs sans que la SAQ prenne sa part au passage. Cela les aidera sans doute à mieux faire connaître leurs vins et surtout à montrer les progrès accomplis au cours des dernières années.
Le plus important domaine est celui de l’Orpailleur à Dunham. Ce dernier et le Cep d’Argent à Magog, d’une superficie de 10 hectares chacun, produisent près de la moitié de tout le vin québécois. Le blanc de l’Orpailleur a toujours été la locomotive et le leader sur le plan qualitatif. Ce vin sec issu de Seyval est le meilleur et le plus constant actuellement produit chez nous.
Mais l’Orpailleur n’est pas seul. Ils sont maintenant une vingtaine de domaines à produire du vin au Québec. Tous sont installés dans le Sud de la province, en Montérégie et en Estrie, là où le climat est le plus favorable.
La rectitude politique m’obligerait à écrire que, dans l’ensemble, les vins sont bons et originaux, des « bons petits vins bien de chez nous ». En écrivant le contraire, je risque de froisser quelques susceptibilités.
Ce que j’en pense vraiment ? Effectivement certains vins sont très plaisants : Orpailleur, cuvée courante et cuvée en fûts de chêne, cuvé Pin blanc du Vignoble des Pins, vins blancs du vignoble Morou ; tous des vins secs assez bien équilibrés et n’accusant pas l’excès d’acidité qui afflige de nombreux vins québécois, des vins qui font un trou dans l’estomac tant ils sont durs.
Une bonne note aussi pour les vins du Vignoble Dietrich-Joos à Iberville. Le producteur ne renie pas ses origines alsaciennes en cherchant à obtenir le maximum d’arôme. Son idée de produire des vins demi-secs à l’allemande me semble intéressante dans la mesure où le sucre coupe l’acidité souvent naturelle des cépages seyval et compagnie. Par exemple, sa Cuvée Spéciale résultant d’une macération pelliculaire est issue d’un mélange de raisins vidal, cayuaga et geisenheim et s’avère fort agréable par sa dimension aromatique et sa rondeur en bouche. C’est une avenue intéressante que d’autres vignerons ont commencé à explorer, dont le vignoble le Marathonien avec sa Cuvée Spéciale et le Vignoble des Pins avec son Edelwein.
À la SAQ
L’Orpailleur 1996 (s-720094) : 18,15$
L’Orpailleur passera sans doute à l’histoire pour avoir été le premier vin authentiquement québécois vendu à la SAQ. C’est peut-être la reconnaissance de toutes ces années d’effort pour arriver à produire du vin de qualité chez nous. Plus besoin donc de se rendre à Dunham – ce qui ne doit pas vous dissuader de visiter cette belle région – pour acheter du vrai vin québécois. Vous n’aurez ainsi plus d’excuses pour ne pas connaître le goût distinctif et très aromatique de ce vin exclusivement élaboré avec le cépage seyval. Vivace, parfumé, acidulé, léger et pourtant savoureux, l’Orpailleur est un vin que vous devez connaître. Combien d’étoiles ? Pour tout ce qu’il représente, je lui en donne cinq ! Et s’il-vous-plaît, ne me parlez pas du rapport qualité-prix ! *****