Le guide du vin 96, Michel Phaneuf
Les Éditions de l’Homme
1995
402 pages

Amérique du Nord
Québec
Pages 266-267

Depuis le début des années 80, la vigne survit au Québec et prend même de l’expansion. Actuellement, le vignoble québécois totalise environ 70 hectares. C’est l’équivalent d’une propriété comme Mouton Rothschild. La production se chiffre à environ 250 000 bouteilles, autant que toute l’appellation Condrieu dans la vallée du Rhône.

Le plus important domaine est celui de l’Orpailleur à Dunham, qui célébrait cet automne sa dixième vendange. On y produit environ 60 000 bouteilles, soit le quart de toute la production québécoise. C’est aussi la locomotive et le leader sur le plan qualitatif. Son vin blanc sec issu de Seyval est le vin le meilleur et le plus constant actuellement produit chez nous.

Mais l’Orpailleur n’est pas seul. Ils sont maintenant une vingtaine de domaines à produire du vin au Québec. Tous sont installés au sud de la province, en Montérégie et en Estrie, là où le climat est le plus favorable.

Histoire de savoir où en était rendue la qualité, j’ai dégusté cet automne l’ensemble des vins produits chez nous.

La rectitude politique m’obligerait à écrire que, dans l’ensemble, les vins sont bons et originaux, des «bons petits vins de chez nous ». En écrivant le contraire, je risque de froisser quelques susceptibilités.

Ce que j’en pense vraiment ? Effectivement certains vins sont très plaisants : Orpailleur, cuvée courante et cuvée en fûts de chêne, cuvé Pin blanc du Vignoble des Pins, vins blancs du vignoble Morou ; tous des vins secs assez bien équilibrés et n’accusant pas l’excès d’acidité qui afflige de nombreux vins québécois, des vins qui font un trou dans l’estomac tant ils sont durs.

Une bonne note aussi pour les vins du Vignoble Dietrich-Joos à Iberville. Le producteur ne renie pas ses origines alsaciennes en cherchant à obtenir le maximum d’arôme. Son idée de produire des vins demi-secs à l’allemande me semble intéressante dans la mesure où le sucre coupe l’acidité souvent naturelle des cépages seyval et compagnie. Par exemple, sa Cuvée Spéciale résultant d’une macération pelliculaire est issue d’un mélange de raisins vidal, cayuaga et geisenheim et s’avère fort agréable par sa dimension aromatique et sa rondeur en bouche. C’est une avenue intéressante que d’autres vignerons ont commencé à explorer, dont le vignoble le Marathonien avec sa Cuvée Spéciale et le Vignoble des Pins avec son Edelwein.

Par ailleurs, je m’explique mal que les vignerons québécois aient succombé à la mode de la barrique. Soit disant pour répondre au goût du public, à peu près tout le monde mijote maintenant une cuvée barriquée. Et comme la matière première est plutôt frêle, le résultat ressemble la plupart du temps à une infusion de bran de scie. Respirer la cuvée « Fût de chêne » du Marathonien; on se croirait dans une usine de sciage. Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres. Il est vrai qu’en dosant bien le bois et le fruit, certains parviennent à des résultats convenables, à l’Orpailleur et au Vignoble du Morou par exemple. Malgré tout, je persiste à croire que le charme du vin québécois réside avant tout dans sa fraîcheur et dans son caractère fruité. Le goût de bois n’a pas plus sa place ici qu’en Alsace ou que dans la région du Muscadet.

Le parallèle avec ces deux régions ne s’arrête d’ailleurs pas là. Il y a longtemps que sur les bords de la Loire et du Rhin on a compris qu’il valait mieux s’en tenir au vin blanc. Question de climat essentiellement. Pourquoi ne pas en faire autant ici ? Car les quelques vins rouges produits n’ont rien pour impressionner. Au mieux, des vins fruités, parfois assez riche en matière (La Vitacée par exemple) mais tellement rustiques.

Il me semble qu’au lieu de s’éparpiller à produire toute une panoplie de vins, il serait dans l’intérêt de tous d’adopter une politique commune en misant globalement sur la production de bons vins blancs et demi-secs qui seraient en quelque sorte la spécialité du terroir québécois.

Une visite chez le vigneron
Les vins québécois ne sont pas distribués dans le réseau de la SAQ. Une réglementation timorée empêche même les vignerons de livrer à domicile. Pour en acheter, il faut se rendre à la propriété. La plupart des domaines sont ouverts pendant la fin de semaine, de décembre à la fin juin. En période estivale, on accueille les visiteurs tous les jours. Mais pour éviter une mauvaise surprise, il vaut mieux téléphoner avant de s’y rendre.

Quelques adresses :
L’Orpailleur : 1086, route 202, Dunham. Téléphone : 295-2763
Vignoble Dietrich-Jooss : 407, Grande-Ligne, Iberville. Téléphone : 347-6857
Les Blancs Côteaux : 1046, route 202, Dunham. Téléphone : 295-3503
Les Côtes d’Ardoise : Route 202, Dunham. Téléphone : 295-2020
Vignoble des Pins : 136, Grand Sabrevois. Sainte-Anne-de-Sabrevois. Téléphone 347-1073
Vignoble le Marathonien : 318. route 202, Havelock. Téléphone : 450-826-0522
Vignoble Morou : 238, route 221, Napierville. Téléphone : 245-7569