CHARTIER, François. « Du grand vin au Québec? », Tentations,
septembre 2001.
Du grand vin au Québec?
par François Chartier
Meilleur sommelier international 1994 Paris
La question est légitime : est-il possible de dénicher, dans les
vignobles du Québec, des vins qui méritent le qualificatif d’excellent
vin ou de grand vin?
Avant de s’y arrêter, permettez-moi d’abord quelques considérations
: depuis mes débuts, je me suis toujours fait un plaisir de déguster
des vins de toutes provenances. Mes nombreuses dégustations de vins québécois
m’ont permis au fil des ans de mieux saisir l’influence prédominante
du climat sur la qualité intrinsèque des vins.
C’est justement ce climat froid qui, tout en apportant son originalité aux
vignobles de la Belle Province, détermine le choix de l’encépagement
et le choix des méthodes de culture. Afin que la vigne puisse subsister,
il faut savoir que la température moyenne annuelle ne doit pas être
inférieure à 9 degrés Celsius. L’hiver québécois étant
rigoureux, la température moyenne de la plaine de Montréal ne se
situe qu’autour de 6 degrés Celsius. En raison de ce climat qui
impose un stress à la vigne, et qui limite entre autres son espérance
de vie, les vignerons du Québec n’ont d’autre choix que d’utiliser
des cépages hybrides (croisement entre deux espèces de vitis) et
de protéger la vigne du froid en l’enchaussant (les vignes hibernent
sous une butte de terre). Dans ces conditions, il serait présomptueux
d’oser penser que le vignoble québécois est un terroir à grand
vin.
Mais, convaincu que l’exception confirme la règle, je me suis livré à une
dégustation de vingt-cinq vins québécois, triés parmi
les meilleurs, afin de faire le point sur la production actuelle et de trancher
le débat sur l’existence d’excellents vins québécois.
Premier constat : les vins blancs tiennent incontestablement le haut du pavé,
les rouges faisant piètre figure sous notre latitude. Il y a les vins
blancs secs, parfumés à souhait, légers, au fruité croquant.
Plusieurs de ces vins blancs dits secs conservent néanmoins quelques grammes
de sucres résiduels qui équilibrent leur acidité souvent
tranchante et leur procurent ainsi une texture suave au charme immédiat.
Je n’ai trouvé aucun excellent vin dans cette catégorie,
mais certaines cuvées spéciales sont tout à fait surprenantes.
C’est le cas de la Cuvée Spéciale 1999 du Vignoble du Marathonien
et de celle du millésime 2000 de Dietrich Jooss (au parfum irrésistible
de muscat) ainsi que des cuvées Fût de chêne 2000 de L’Orpailleur
et Storikengold de Dietrich Jooss.
Au chapitre des vins rosés, rien d’époustouflant mais, tout
de même, un vin a retenu mon attention pour sa franchise, son étonnante
structure et son fruité débordant. C’est le Rosé d’Iberville
2000 du vignoble Dietrich Jooss.
Il ne vous reste plus maintenant qu’à prendre la route pour aller
découvrir les secrets de ces pionniers du vin des neiges éternelles… Tous
ces vins sont offerts au domaine uniquement.