CAIRE, Élaine. « L’Orpailleur. 20 ans de tradition vinicole », p. 90-93.

L’Orpailleur
20 ans de tradition vinicole

par Élaine Caire

C’est en 1535 que Jacques Cartier découvre la présence de vignes sauvages sur l’île d’Orléans, qu’il surnomme l’île de Bacchus. À cette époque, la Nouvelle-France n’a pas du tout la vocation viticole… Il faudra attendre plus de quatre siècles pour que s’implantent, dans les Cantons-de-l’Est, entre Cowansville et la frontière américaine, les premiers grands vignobles québécois.Aujourd’hui, la route des vins commence obligatoirement par Dunham, premier canton du Bas-Canada, fondé en 1854; c’est dans ses terres vallonnées, à une heure de Montréal, que l’on trouve L’Orpailleur, vignoble dirigé par Charles-Henri de Coussergues. « Recevoir les visiteurs sur place est un privilège, précise-t-il; ce contact direct avec le consommateur stimule mes neurones et réchauffe mon cœur. C’est mon carburant, cela me permet de réajuster le tir et d’évoluer. En Alsace, 50 % des vignobles reçoivent les visiteurs sur place alors que, dans le reste de la France, la proportion tombe à 10 %. Je m’estime donc chanceux et je m’arrange pour que la visite soit des plus agréables. »
20 ANS DÉJÀ!
En 1982, ce fils de vigneron originaire des Costières de Nîmes s’associe à un autre Français, Hervé Durand, spécialiste du vin et propriétaire du Château des Tourelles, près d’Avignon. S’ajoute au duo le Québécois Frank Furtado, gérant d’artistes et initiateur du Concours international des feux d’artifice Benson & Hedges. Puis se joint au trio un autre Québécois qui croyait le miracle du vin d’ici possible : Pierre Rodrigue, grand nom de l’industrie du disque et du spectacle. Pas étonnant que la communauté artistique ait toujours appuyé L’Orpailleur et qu’au gala de l’ADISQ on serve toujours des crus de ce vignoble.
Un premier vin, blanc, tiré à 15 000 bouteilles, a vu le jour en 1985, après trois années d’activité et de recherche. L’oenophile Michel Phaneuf le décrit en 1999 comme un vin « léger, nerveux, discrètement aromatique ». Et d’ajouter M. de Coussergues, « ce vin aux accents de muscadet est chargé d’arômes de fleurs et de fruits ». Cette année, quelque 75 000 bouteilles seront vendues sur place, dans certaines succursales de la SAQ et à de grandes tables sélectionnées, dont celles du Château Frontenac, du Château Champlain, du Château Montebello et du Reine Elizabeth.
SAVOIR-FAIRE, ORIGINALITÉ ET PASSION
En mai 2002, on a célébré les 20 ans du vignoble, mais la philosophie de départ reste la même. « Nous avons toujours voulu nous démarquer, ne pas copier les vins californiens ou français, souligne M. de Coussergues. Étant donné notre climat, nous utilisons des cépages résistants qui ont fait leurs preuves entre les deux guerres en France (seyval, vidal, maréchal Foch). Mais ce n’est pas suffisant. Depuis quelques années, il y a des risques de gel printanier à la fin de mai. L’Orpailleur s’est donc doté d’un système de chauffage pour ses vignes : 800 brûleurs sont reliés à un réservoir de mazout et sont activés sur demande. Ce système nous a sauvé la vie trois fois! »
UNE BELLE GAMME DE PRODUITS
L’Orpailleur a gagné au fil des ans la faveur des amateurs et des connaisseurs. Son vin blanc remporte des médailles depuis 1995, notamment la médaille d’argent à l’Intervin International 2001. Son vin rouge, plus difficile à produire sous notre climat, se défend bien malgré tout; la cuvée 2001 a raflé la coupe d’argent à la Coupe des Nations en 2002. Il est légèrement poivré en bouche, et ses tanins discrets lui confèrent un bel équilibre. Son vin blanc élevé en fût de chêne, vanillé et boisé tout à la fois, présente une belle rondeur qui lui a valu une médaille d’or à l’Intervin International 2001.
En 1991, L’Orpailleur a créé la Mousse d’or, une méthode champenoise aux arômes de pomme verte, médaillée de bronze à l’Intervin International 2000, qui a eu beaucoup de succès lors du passage au nouveau millénaire.
Ces dernières années, M. de Coussergues et son équipe ont ajouté à leur palmarès quelques beaux produits : un vin rosé (un succès phénoménal), médaillé de bronze en 2001 au All Canadian Wine Championship 2001; un vin de glace remarquable, de plus en plus populaire au pays, qui a reçu des décorations « en or » depuis sa création en 2000, puis La part des anges, un délice sucré parfumé aux arômes de caramel et de beurre rehaussés d’odeurs de noix de Grenoble et de torréfaction (café et pain brûlé). Un coup de cœur de Daniel Pinard et de Françoise Kayler!
UNE VISITE QUI VAUT LE DÉTOUR
L’Orpailleur, haut lieu de tourisme gourmand, est une destination de choix pour le visiteur curieux des choses du vin. Une visite guidée d’environ une heure, incluant la présentation d’une vidéo et la dégustation de produits, saura le convaincre de l’ampleur de l’aventure et de la qualité de l’entreprise. L’Économusée relate l’histoire des vins et ses techniques de fabrication. Et, pour conclure, le Tire-Bouchon, restaurant de L’Orpailleur dirigé par Gérald Loiselle, propose bien sûr des produits de la vigne, mais aussi une cuisine du terroir raffinée, le tout servi sous les tonnelles de la terrasse ou à l’intérieur.
Pas étonnant qu’on célèbre des mariages à L’Orpailleur et qu’on y organise des conférences pour les entreprises. La beauté et le caractère des lieux, ainsi que l’accueil chaleureux de M. de Coussergues y sont certes pour quelque chose!


MARIAGES HEUREUX SELON CHARLES-HENRI DE COUSSERGUES
L’Orpailleur rouge
Viandes blanches, grillades, salades, fromages salés.
L’Orpailleur blanc classique
Fruits de mer, poisson, viandes blanches; idéal avec homard et huîtres.
Orpailleur élevé en fût de chêne
Fruits de mer, coquillages, poisson, gibier à plumes et fromages doux.
Le vin de Marquise
À l’apéro ou avec pâtisseries, spécialement avec des chocolats.
Vin de glace de L’Orpailleur
À l’apéro ou avec foie gras et desserts légers.
L’Orpailleur rosé
À l’apéro ou avec salades et grillades.
Mousse d’or
À l’apéro ou avec des desserts.
L’Apérid’Or
Avec foie gras, desserts, fromage de chèvre et bleu.
La part des anges
Excellent avec les fromages salés – par exemple, l’Ermite, bleu de l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac.